Trois jeunes filles s’installent dans la rame. Elles rient aux éclats. D’un rire étincelant à la sonorité pimpante, clair comme un torrent de montagne dévalant en cascade une vallée. Avec fougue, l’eau cours sur des roches polies aux reflets roses, aussi lisses qu’une peau de jeune fille, fraîches comme la jeunesse, insouciantes comme un jour sans fin.
Un homme entre juste avant la fermeture des portes. Il a faim. S’ensuit un long discours usé par la misère et la détresse. L’homme au visage marqué, à peine plus âgé que les jeunes filles, lâche un à un des mots dont le sens tombe inexorablement dans un vain silence. Les jeunes filles vivent leur vie de jeunes filles. Le métro, imperturbable, avance. Elles sourient à la vie, papotent, badinent. Il garde le cap de ses paroles quitte à ce qu’elles se perdent sous tunnel dans un bruit de ferraille.
Elles rient de plus en plus fort, les mots de la misère sortent avec la même cadence. Elles exultent, il ne lâche pas. Leur frivolité devient indécente, sa pauvreté monstrueuse. Leur bavardage n’est plus que jacassement, ses mots alors émoussés par la fatalité et l’indifférence font sens. Plus le rire est joyeux, plus ils rebondissent. Les jeunes filles et l’homme au visage marqué se font écho, ils forment un tout. Un tout qui choque et interpelle. Ce jour-là, la quasi totalité des passagers a donné de l’argent au mendiant.
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Les trois jeunes filles et le mendiant
Mercredi, mars 4th, 2009Travailleurs, clochards, touristes : ces gens que l’on croise tous les matins
Mercredi, novembre 26th, 2008Je ferme la porte, vérifie que j’ai bien mon badge et mon téléphone portable et descends quatre à quatre les sept étages de l’immeuble. Ces rituels sont inlassablement répétés tous les matins, à la même heure. Ils rassurent, rythment un quotidien au tempo savamment réglé.
Tous les matins, nous sommes des milliers voire des millions à nous mettre en marche, à actionner un nombre incalculable d’automatismes. Chacun tient admirablement son rôle, dans les moindres gestes, regards, et ce jusqu’à la réplique.
« - Merci »
Là, je suis arrivée devant la bouche de métro. Je remercie un employé qui me tend un journal gratuit. Je suis maintenant dans le flux des passagers partant au travail. Mon rôle ne dépasse pas celui du figurant dont la silhouette sera tout juste aperçue dans le film.
D’autres, en revanche, ont des rôles plus importants. Au devant de la scène, ils sont visibles et font face au public.
Le premier de ces acteurs principaux que je croise dans ma longue course matinale, se situe dans un couloir. De son violon émane une mélodie aux accords imparfaits certes, mais il est là, chaque matin, laissant échapper ce souffle musical qui nous accompagne parfois tout au long du trajet.