Les trois jeunes filles et le mendiant

Trois jeunes filles s’installent dans la rame. Elles rient aux éclats. D’un rire étincelant à la sonorité pimpante, clair comme un torrent de montagne dévalant en cascade une vallée.  Avec fougue, l’eau cours sur des roches polies aux reflets roses, aussi lisses qu’une peau de jeune fille,  fraîches comme la jeunesse, insouciantes comme un jour sans fin.
Un homme entre juste avant la fermeture des portes. Il a faim. S’ensuit un long discours usé par la misère et la détresse. L’homme au visage marqué, à peine plus âgé que les jeunes filles, lâche un à un des mots dont le sens tombe inexorablement dans un vain silence. Les jeunes filles  vivent leur vie de jeunes filles. Le métro, imperturbable, avance. Elles sourient à la vie, papotent, badinent. Il garde le cap de ses paroles quitte à ce qu’elles se perdent sous tunnel dans un bruit de ferraille.
Elles rient de plus en plus fort, les mots de la misère sortent avec la même cadence. Elles exultent, il ne lâche pas. Leur frivolité devient indécente, sa pauvreté monstrueuse. Leur bavardage n’est plus que jacassement, ses mots alors émoussés par la fatalité et l’indifférence font sens. Plus le rire est joyeux, plus ils rebondissent. Les jeunes filles et l’homme au visage marqué se font écho, ils forment un tout. Un tout qui choque et interpelle. Ce jour-là, la quasi totalité des passagers a donné de l’argent au mendiant.

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